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diff --git a/controle-20260622.tex b/controle-20260622.tex index cbd6973..e1f5345 100644 --- a/controle-20260622.tex +++ b/controle-20260622.tex @@ -315,6 +315,242 @@ $n_B > 0$. \end{corrige} +% +% +% + +\exercise + +Le but de cet exercice est de montrer la détermination d'une certaine +généralisation des jeux combinatoires étudiés en cours : les « jeux de +parité ». + +Pour simplifier la terminologie, faisons d'abord la définition +suivante : si $(u_0,u_1,u_2,\ldots) \in X^{\mathbb{N}}$ est une suite +(infinie) à valeurs dans un ensemble $X$, on dira qu'une valeur $v \in +X$ est \textbf{infiniment récurrente} pour la suite lorsque la suite +prend cette valeur un nombre infini de fois, c'est-à-dire : $\forall +n\in\mathbb{N}.\; \exists i\geq n.\; (u_i = v)$ ; ou, ce qui revient +au même, $\{i\in\mathbb{N} : u_i=v\}$ est infini. Il est clair que +toute suite (infinie) à valeurs dans un ensemble fini possède au moins +une valeur infiniment récurrente (on ne demande pas de justifier ce +fait, qu'on pourra utiliser). + +Un \textbf{jeu de parité} est défini par la donnée : d'un graphe +orienté $G$ (qui n'est pas supposé fini, ni bien-fondé) ; d'un sommet +$x_0$ de $G$ appelé « position initiale » ; et d'une fonction $\pi +\colon G \to \mathbb{N}$ \emph{bornée}\footnote{C'est-à-dire qu'il +existe $N\in\mathbb{N}$ tel que $\pi$ ne prenne que des valeurs $\leq +N$.}, appelée « priorité ». La règle du jeu est la suivante : les +joueurs Impair et Pair alternent, chacun choisissant un voisin sortant +de la position actuelle (c'est-à-dire que Impair commence en +choisissant $x_1$ voisin sortant de $x_0$, puis Pair choisit $x_2$ +voisin sortant de $x_1$, puis Impair choisit $x_3$ voisin sortant +de $x_2$, et ainsi de suite). Le gagnant est défini par les règles +suivantes : +\begin{itemize} +\item si un joueur ne peut pas jouer, ce joueur perd (i.e., son + adversaire gagne) ; +\item si la confrontation $\dblunderline{x} := + (x_0,x_1,x_2,x_3,\ldots)$ dure un temps infini, alors (puisque $\pi$ + était supposée bornée) il existe au moins une valeur qui soit + infiniment récurrente pour la suite $(\pi(x_0), \pi(x_1), \ldots)$ + des priorités des sommets parcourus : le gagnant est alors donné par + la parité du maximum de ces valeurs (autrement dit, on pose $u_i = + \pi(x_i)$, on appelle $p := \max\{v : v\text{~infiniment récurrente + dans~}(u_i)\}$ et Impair gagne si $p$ est impair tandis que Pair + gagne si $p$ est pair). +\end{itemize} +Pour le dire de façon plus courte, le jeu se joue comme un jeu +combinatoire normal, mais si la confrontation est infinie, au lieu de +considérer que cela conduit à une issue nulle, le gagnant est donné +par la parité de la plus grande priorité infiniment récurrente. Il a +donc toujours un gagnant et un perdant. + +{\footnotesize (Intuitivement, on peut imaginer le jeu ainsi : les + sommets $x$ avec $\pi(x)$ pair donnent un petit avantage au joueur + Pair, les sommets avec $\pi(x)$ impair donnent un petit avantage au + joueur Impair ; et cet avantage est d'autant plus important que + $\pi(x)$ est grand. Si l'issue de la confrontation n'est pas + déterminée par le fait qu'un joueur soit dans l'impossibilité de + jouer, elle l'est par le fait qu'un de ces petits avantages se soit + infiniment accumulé.)\par} + +\medskip + +\textbf{(1)} À titre d'exemple, considérons le graphe $G = +\{g_0,g_1,g_2\}$ avec une arête de chaque $g_i$ vers chaque autre +$g_j$ (où $j\neq i$), la position initiale $g_0$, et les priorités +$\pi(g_i) = i$. Décrire une stratégie gagnante explicite pour Pair +dans ce jeu. + +\begin{corrige} +Pair peut jouer de la manière suivante : si la position actuelle est +$g_0$ ou $g_1$, il joue vers $g_2$, sinon, il joue vers $g_0$. +(Notons qu'il joue toujours vers un sommet dans $\{g_0,g_2\}$.) Si la +position $g_1$ est infiniment récurrente dans une confrontation, alors +c'est forcément Impair qui a joué infiniment souvent vers cette +position (puisque Pair joue toujours dans $\{g_0,g_2\}$), donc au coup +suivant Pair joue vers $g_2$, et alors $g_2$ est infiniment récurrente +aussi. Donc la plus grande priorité infiniment récurrente ne peut pas +être $1$, seule priorité impaire, donc elle est paire et Pair gagne. +\end{corrige} + +\medskip + +On va maintenant montrer que les jeux de parité sont toujours +déterminés, c'est-à-dire qu'un des joueurs a une stratégie +gagnante\footnote{On autorise ici les stratégies \emph{historiques}, +c'est-à-dire que le coup choisi a le droit de dépendre de tous les +coups antérieurs et pas seulement de la position actuelle. (Il +s'avère que les jeux de parité sont aussi déterminés pour les +stratégies positionnelles, mais on ne s'intéressera pas à cette +subtilité ici.)}. + +\medskip + +\textbf{(2)} Montrer que, pour $i,v\in\mathbb{N}$, l'ensemble +\[ +S_{i,v} := \{\dblunderline{x}\in G^{\mathbb{N}} : \pi(x_i) = v\} +\] +est \emph{ouvert} (sous-entendu : pour la topologie produit de la +topologie discrète) dans $G^{\mathbb{N}}$. + +\begin{corrige} +Si $\dblunderline{x} \in S_{i,v}$ alors toute suite commençant par les +mêmes valeurs $x_0,\ldots,x_i$ que $\dblunderline{x}$ est encore +dans $S_{i,v}$, c'est-à-dire que $S_{i,v}$ contient le $(i+1)$-ième +voisinage fondamental de $\dblunderline{x}$, donc en est un voisinage, +et ceci montre que $S_{i,v}$ est ouvert. +\end{corrige} + +\medskip + +\textbf{(3)} Pour $v\in\mathbb{N}$, montrer que l'ensemble $P_v$ des +suites $\dblunderline{x}\in G^{\mathbb{N}}$ pour lesquelles la +priorité $v$ est infiniment récurrente est : +\[ +\bigcap_{n=0}^{+\infty} \bigcup_{i=n}^{+\infty} S_{i,v} +\] +— et que l'ensemble $M_v$ de celles pour lesquelles pour lesquelles +$v$ est précisément la plus grande priorité infiniment récurrente +est : +\[ +P_v \setminus \bigcup_{w=v+1}^{+\infty} P_w +\] + +\begin{corrige} +Dire que $v$ est infiniment récurrente signifie : +\[ +\forall n\in\mathbb{N}.\; \exists i\geq n.\; (\pi(x_i) = v) +\] +C'est exactement dire que $\dblunderline{x} \in +\bigcap_{n=0}^{+\infty} \bigcup_{i=n}^{+\infty} S_{i,v}$ d'après la +définition de $S_{i,v}$, et de l'intersection et de la réunion. + +Dire que $v$ est la plus grande priorité infiniment récurrente +signifie exactement qu'elle l'est et qu'aucune priorité $w\geq v+1$ ne +l'est, c'est-à-dire que $\dblunderline{x} \in P_v \setminus +\bigcup_{w=v+1}^{+\infty} P_w$. +\end{corrige} + +\medskip + +\textbf{(4)} Pour avoir toujours affaire à des confrontations +infinies, lorsqu'un joueur ne peut plus jouer selon les règles, on +conviendra qu'il joue n'importe quoi et a automatiquement perdu (i.e., +la suite des coups après est arbitraire et sans importance). En +reprenant un raisonnement du cours, rappeler pourquoi $G^{\mathbb{N}}$ +est la réunion disjointe $A \cup B \cup D$ où $A$, resp. $B$ sont des +ouverts décrivant des confrontations gagnées par Impair, resp. Pair +parce que l'autre joueur a violé en premier la règle de choisir un +voisin sortant, et $D$ est un fermé décrivant les confrontations où +chaque $x_{i+1}$ est un voisin sortant de $x_i$. + +\begin{corrige} +Appelons $D$ l'ensemble des suites $\dblunderline{x} \in +G^{\mathbb{N}}$ telles que chaque $x_{i+1}$ est un voisin sortant +de $x_i$, et $A$ l'ensemble des suites telles qu'il existe $i$ tel que +$x_{i+1}$ n'est pas un voisin sortant de $x_i$ et que le plus petit +tel $i$ est impair (i.e., Pair a violé la règle en premier, donc +Impair gagne), et $B$ l'ensemble des suites telles qu'il existe $i$ +tel que $x_{i+1}$ n'est pas un voisin sortant de $x_i$ et que le plus +petit tel $i$ est pair (i.e., Impair a violé la règle en premier, donc +Pair gagne). Il est clair que $G^{\mathbb{N}} = A \cup B \cup D$, +réunion disjointe. Les ensembles $A,B$ sont ouverts comme on l'a vu +en cours (rappel : si $i$ est le plus petit tel que $x_{i+1}$ n'est +pas un voisin sortant de $x_i$, alors toute suite commençant par +$x_0,\ldots,x_{i+1}$ a la même propriété) ; l'ensemble $D$ est donc +fermé comme complémentaire de l'ouvert $A\cup B$. +\end{corrige} + +\medskip + +\textbf{(5)} Dans les notations des questions (2)–(4), quelle est la +partie de $G^{\mathbb{N}}$ décrivant exactement les confrontations +gagnées par Impair ? + +\begin{corrige} +Il s'agit de l'ensemble +\[ +A \cup \left(D \cap \bigcup_{k=0}^{+\infty} M_{2k+1}\right) +\] +correspondant aux deux façons de gagner : soit Pair ne peut plus jouer +et viole la règle (la confrontation est dans $A$), soit la règle est +suivie jusqu'au bout et la plus grande priorité infiniment récurrente +est impaire. + +(Pour les pinailleurs : il y a un problème de numérotation des suites, +puisque Impair joue en premier avec le choix de $x_1$. On peut +résoudre cette petite difficulté en numérotant les suites à partir +de $1$, ou en convenant que Pair joue en premier et perd immédiatement +s'il ne choisit pas la position initiale $x_0$ imposée. Ça ne change +rien et ce n'est pas important ici.) +\end{corrige} + +\medskip + +\textbf{(6)} En appliquant un théorème vu en cours, conclure que le +jeu est déterminé. + +\begin{corrige} +On rappelle que les boréliens sont la plus petite partie de +$\mathscr{P}(G^{\mathbb{N}})$ contenant les ouverts et stable par +complémentaire et réunions dénombrables (donc aussi intersections +dénombrables). + +L'ensemble $S_{i,v}$ est borélien car ouvert. L'ensemble +$\bigcup_{i=n}^{+\infty} S_{i,v}$ est donc aussi borélien (en fait, +ouvert). L'ensemble $P_v := \bigcap_{n=0}^{+\infty} +\bigcup_{i=n}^{+\infty} S_{i,v}$ est donc aussi borélien (intersection +dénombrable de boréliens). L'ensemble $\bigcup_{w=v+1}^{+\infty} P_w$ +est donc aussi borélien (réunion dénombrable de boréliens). +L'ensemble $M_v := P_v \setminus \bigcup_{w=v+1}^{+\infty} P_w$, +c'est-à-dire $P_v \cap (G^{\mathbb{N}} \setminus +\bigcup_{w=v+1}^{+\infty} P_w)$ est donc aussi borélien (intersection +d'un borélien et du complémentaire d'un borélien). L'ensemble +$\bigcup_{k=0}^{+\infty} M_{2k+1}$ est donc encore borélien. +L'ensemble $D$ est fermé, donc borélien (complémentaire d'un ouvert), +et l'ensemble $A$ est ouvert, donc borélien. Donc finalement, +l'ensemble $A \cup \left(D \cap \bigcup_{k=0}^{+\infty} +M_{2k+1}\right)$ trouvé en (5) est borélien. + +Le théorème de détermination borélienne pour les jeux de Gale-Stewart, +vu en cours, s'applique donc et permet de conclure que le jeu de +parité considéré est déterminé. +\end{corrige} + +\medskip + +{\footnotesize\textbf{À lire après l'épreuve, pour votre culture :} + Les jeux de parité, dans le cas où $G$ est fini, ont une grande + importance en informatique théorique, notamment en théorie de la + complexité parce que la question de décider quel joueur a une + stratégie gagnante est un problème qui est connu pour être à la fois + dans $\mathbf{NP}$ et $\mathbf{coNP}$ (et même « quasipolynomial »), + mais dont on ignore s'il est dans $\mathbf{P}$.\par} + + % % |
